6 mars 2017

Interview Rachel Blumel, Directrice Coop de France Agroalimentaire et Benjamin Perdreau, Responsable RSE Coop de France Agroalimentaire

« Une démarche RSE n’est pas antinomique avec des objectifs de compétitivité : nous voulons recréer une valeur qui soit économique, sociétale, intelligible pour le consommateur »

Quelles sont les actions de Coop de France en agroalimentaire et pour quels enjeux ?

Rachel Blumel : Il y a deux ans, nous avons mis en place une section agroalimentaire afin de traiter tous les sujets transversaux suivant trois grands axes, le premier étant l’accès aux marchés. Nos produits (produits agricoles bruts et ceux issus de la 1ère transformation (ingrédients), produits finis à marques nationales ou MDD) sont destinés à différents circuits : industrie agroalimentaire, GMS, RHD, export, magasins spécialisés ou structures de proximité. Nous œuvrons sur l’ensemble de la chaine alimentaire, en maitrisant l’ensemble des filières : nos coopératives adhérentes possèdent fréquemment une filiale en charge de la transformation des produits. . L’enjeu est de différencier l’offre à travers des leviers de compétitivité et une meilleure connaissance des marchés. La RSE est considérée non comme une contrainte mais comme un levier de différenciation. Elle englobe un grand nombre de sujets primordiaux pour l’agroalimentaire : la traçabilité, le respect de l’environnement (Agriconfiance), l’efficacité énergétique (énergie renouvelable, économie circulaire,…), l’emploi dans les territoires et le Bio qui connaît un essor considérable.

 

Qu’englobe la notion de « responsabilité sociétale des entreprises » ?

Benjamin Perdreau : La responsabilité sociétale des organisations concerne leur contribution au développement durable. Il ne s’agit pas seulement du volet environnemental, mais aussi des questions sociales, sociétales, de gouvernance, de loyauté des pratiques… La RSE touche énormément de sujets différents et concerne tous les services de la plus petite structure à la grosse entreprise. Les coopératives agricoles de par leur modèle particulier ont intégré la RSE au cœur de leur stratégie déjà depuis de nombreuses années, conscientes du levier de différenciation qui s’offrait à elles. Pour mettre en avant les bonnes pratiques RSE mises en place au sein du secteur agroalimentaire, l’Accord X30-030 (déclinaison de l’ISO 26000 en agroalimentaire), projet piloté par Coop de France et l’ANIA en partenariat avec l’Afnor, a été publié en 2012. Après 4 années d’existence, cet accord a été porté t au niveau international et devrait aboutir fin 2018 pour conserver l’avance du secteur agroalimentaire français sur le sujet. C’est une belle dynamique et une reconnaissance du travail effectué par nos adhérents !

 

Est-il possible de générer à la fois une valeur sociale forte et une valeur économique compatibles avec les exigences d’un marché dans un environnement concurrentiel mondial ?

Rachel Blumel : Dans une démarche RSE, nous mettons en place des process intégrant tous les enjeux d’optimisation énergétique, d’économie circulaire, de mutualisation… ce n’est pas antinomique avec les objectifs de compétitivité : nous ne sortons pas du marché de consommation de masse. Par contre, nous voulons recréer une valeur qui soit économique, sociétale, intelligible pour le consommateur, d’où l’importance d’être à l’écoute de ses exigences. Dans le contexte un peu anxiogène d’aujourd’hui, il faut absolument le rassurer et lui apporter les preuves de ce que nous avançons : le savoir-faire coopératif agricole est un pilier solide de cet enjeu de réassurance. Sachant qu’il y a un marché mondial, des consommateurs multicanaux, qu’une même personne consommera aussi bien un produit haut de gamme qu’un produit plus classique… nous devons répondre à toutes ces attentes. La coopérative possède une force de déploiement qui intéresse particulièrement les marchés, c’est un atout de taille.

 

Je suis une PME et souhaite mettre en place une démarche RSE. Concrètement, comment dois-je procéder ?

Benjamin Perdreau : Nous préconisons de passer par le programme 3D, que Coop de France a développé avec l’Afnor, permettant d’accompagner les coopératives et toutes les structures de l’agroalimentaire dans une démarche RSE. Cela fait 10 ans que ce programme d’accompagnement a été mis en place et plus de 200 organisations ont été diagnostiquées. La 1ère étape cible la formation des salariés sur toutes les questions autour de la RSE. Ensuite au sein de la structure, un diagnostic sur site se déroule sur plusieurs jours pour voir les points forts et faibles de l’organisation. La 3ème phase consiste à restituer ce diagnostic et préconiser certaines actions. Très enrichissante et pertinente, elle offre un panorama des différentes opérations mises en place dans le cadre de la RSE. Ce programme fait l’objet de collectifs 3D avec, dans chaque région, des réunions d’entreprises qui vont partager les bonnes pratiques. C’est une démarche individuelle et collective très appréciée des opérationnels.

 

Tous les acteurs d’une entreprise sont concernés ?

Benjamin Perdreau : Elle concerne tous les services car la RSE touche énormément de sujets différents : les responsables QSE (Qualité/Sécurité/Environnement) sont autant impliqués que les RH ou les achats, etc… la RSE inclue aussi les parties prenantes externes. Je peux vous citer l’exemple des Vignerons de Buzet, l’une des premières structures qui a accomplie une démarche très aboutie, intégrant notamment les impacts du vin tout au long de son cycle de vie, de la matière première à la fin de vie en passant par la fabrication, la logistique, la distribution et la consommation… ils ont remporté d’ailleurs plusieurs prix, qui confortent leur détermination à poursuivre les actions menées dans ce sens. C’est aussi la reconnaissance d’une démarche initiée depuis plus d’une dizaine d’années au cœur de la stratégie de Coop de France Agroalimentaire.

Propos recueillis par N. Hennebique

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