6 mars 2017

ITW Hélène MARFAING, Chef de projet agroalimentaire et nutrition/Food Applications Manager au CEVA (Centre d’Etude et de Valorisation des Algues)

« En France, les algues prennent une place de plus en plus importante dans nos assiettes, c’est une vraie tendance de fond »

Une présentation en quelques mots du CEVA et ses missions ?

Le CEVA basé à Pleubian (Côtes d’Armor, Bretagne, France) est un organisme de recherche privé et reconnu comme centre expert européen des végétaux marins. Créé en 1982 pour répondre aux besoins des collectivités locales sur les problématiques de proliférations algales (marées vertes), le CEVA s’est très vite orienté vers la mise au point de produits et de procédés nouveaux pour satisfaire les demandes des entreprises désireuses d’utiliser les propriétés des algues. Le CEVA a ainsi une longue expérience du développement d’ingrédients algaux et végétaux, de la culture de macro et microalgues et de leurs usages dans différents domaines : alimentaire, cosmétique, matériaux, chimie,…

 

Qu’en est-il aujourd’hui de l’utilisation des algues par l’industrie agroalimentaire ?

En France, les algues sont exploitées à 90% pour extraire des texturants : alginate, agar et carraghénanes. Ces additifs texturants se retrouvent à 75% environ dans l’industrie agroalimentaire. La part des algues directement dans notre assiette sous forme de condiments ou légumes est encore très faible même si elle se développe de plus en plus.

Dernièrement, j’ai coordonné un projet appelé SENS’ALG réunissant plusieurs partenaires techniques (centre culinaire contemporain, ID Mer, ADRIA et Vegenov) et une vingtaine d’industriels de l’agroalimentaire du Grand Ouest. Le projet avait pour objectif de développer, de caractériser des algues et plantes transformées (produits intermédiaires) afin de faciliter leur mise à disposition et leur utilisation par les industriels de l’alimentaire. Maintenant cela carbure et mitonne les plats d’aujourd’hui et de demain dans les entreprises !

 

Quelles opportunités offrent-elles dans les technologies liées à l’emballage ou autre ?

Dans le domaine de l’emballage, en tant que matières organiques les algues trouvent leur place en tant qu’agent de charge pour formuler des résines plastiques destinées aux procédés de transformation en produits semi-finis ou finis (moulage par injection, extrusion…).

Néanmoins, les algues peuvent être également une source de molécules (polysaccharides) ayant des propriétés filmogènes et pouvant être utilisé pour produire des films plastiques (contact alimentaires, colles, adhésives). Une dernière voie de valorisation peut être citée qui est celle de la production de PLA. En effet, des algues riches en amidon permettent la production d’acide lactique par fermentation. Les PLA sont des matières premières biodégradables, compostable industriellement et pouvant être au contact des aliments (ex : sacs plastiques).

 

Est-ce une ressource nécessitant une démarche d’exploitation raisonnée ?

Les algues majoritairement présentes sur les côtes bretonnes (laminaires et fucales) sont exploitées actuellement. Cependant la ressource est épuisable. Les comités des pêches et Ifremer s’attachent à gérer les ressources de manière durable en limitant le nombre de récoltants de rive ou embarqué en bateaux, les quantités d’algues récoltées et les zones de récolte sont suivies afin de réaliser des plans de jachère. Par ailleurs la culture d’algues se développe en mer ou à terre offrant ainsi des ressources durables.

 

Comment voyez-vous ce marché se développer ces prochaines années ?

Le marché se développe c’est indéniable. Au niveau mondial la production d’algues continue à progresser. En France, du point de vue de ma lorgnette alimentaire, les algues prennent une place de plus en plus importante dans nos assiettes, c’est une vraie tendance de fond. Ceci répond aux attentes des consommateurs qui souhaitent plus de végétal, de naturel et de santé.

 

Propos recueillis par N. Hennebique

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