6 mars 2017

Roland Conanec, Directeur Adjoint CBB Capbiotek

« Dans la plupart des projets industriels de valorisation, la première valeur est la sécurisation du sourcing… »

Comment définir le terme coproduit ?

Le terme « coproduit » n’est pas défini au sens réglementaire. Cette définition relève d’un consensus entre professionnels. C’est un produit inévitable qui apparaît lors d’un process de transformation. Puisque l’on parle de coproduit des IAA, il peut s’agir par exemple du tourteau de colza, du son de blé, de la pulpe de betteraves,… dans la plupart des cas, les sous-produits y sont intégrés. Ils regroupent les produits déclassés et tout ce qui est généré durant la production (hormis les déchets avec des contraintes de valorisation spécifiques selon leur catégorie). Leur valorisation peut aller de la réduction de coûts issus de l’enlèvement des produits jusqu’à la vente de produits à forte valeur ajoutée nécessitant des investissements assez conséquents.

 

Quelles sont aujourd’hui les possibilités et problématiques liées à la valorisation ?

Aujourd’hui, dans la plupart des projets industriels de valorisation, la première valeur est la sécurisation du sourcing. C’est une étape nécessaire avant tout investissement de valorisation. Par exemple, en Bretagne, la société Agrival est née en 2007 d’un projet de valorisation des coproduits issus de l’agriculture locale (coproduits d’artichaut notamment). Aujourd’hui, elle travaille directement avec la Sica de Saint-Pol-de-Léon dont elle est devenue une filiale. Dans cette démarche, il n’y a pas que l’intérêt technique ou nutritif de la matière qui importe. C’est aussi la capacité à produire quelque chose d’économiquement viable sur le long terme. En effet, contrairement aux matières premières classiques, avec le coproduit, l’entreprise dépend d’un process industriel en amont qui peut évoluer dans le temps et impacter la qualité du coproduit, voir les volumes disponibles avec un risque de perte de sourcing, etc…

 

La Bretagne dispose d’une richesse en coproduits. Quelques exemples de cette valorisation?

La Bretagne dispose de plusieurs gisements importants de coproduits : ceux issus de l’industrie agroalimentaire, et ceux issus de la pêche. Aujourd’hui, sur l’ensemble des déchets et coproduits générés sur le territoire breton, seuls 3% sont d’origine marine alors que plus de 50% proviennent des abattoirs.

Les acteurs les plus avancés dans la valorisation des coproduits sont les laitiers puisqu’ils opèrent un fractionnement du lait depuis de nombreuses années. La filière a mis en place une approche de bioraffinerie pour produire différentes catégories d’ingrédients fonctionnels et continue de travailler sur la valorisation de toutes les fractions générées. Dans la filière volaille, BCF Life Sciences (Pleucadeuc) s’est spécialisée dans la valorisation de plumes et est devenue la seule entreprise mondiale à produire et commercialiser des acides aminés naturels et des mix d’acides aminés, coproduits de l’extraction de la L-Cystine, à destination des industriels de la pharmacie, de la santé et de la nutrition humaine, animale et végétale. Pour la filière marine, une entreprise comme Polaris (Quimper) s’est spécialisée dans la valorisation de coproduits, en développant une technologie permettant de stabiliser les huiles de poisson, d’une grande richesse en oméga 3 par exemple.

 

Quels sont les marchés émergents aujourd’hui ?

Il y a deux types de marchés émergents, ceux permettant d’absorber des volumes importants de coproduits (alimentation animale et petfood) et ceux permettant de générer une forte valeur ajoutée (actifs nutritionnels ou cosmétiques). SPF (Diana Pet Food) par exemple, a réussi à valoriser un certain nombre de coproduits pour l’alimentation chiens/chats. L’aquaculture est également fortement demandeuse de protéines issues de coproduits. Enfin, on peut souligner que le marché des Produits Alimentaires Intermédiaires (PAI) est aussi un marché intéressant pour absorber de gros volumes de coproduits. Par exemple, Brière Mytiliculture basée à Penestin valorise sur ce marché les moules hors calibre. L’entreprise a mis au point, avec ID Mer, un procédé de récupération et transformation de la chair en pâte à des fins aromatiques. De son côté Oligonov, en partenariat avec Savéol notamment, exploite les coproduits de la production de tomate pour en faire des ingrédients aux propriétés colorantes, aromatiques et autres,… La Bretagne dispose également de gisements conséquents coproduits de légumes (haricots verts, petits pois, et autres) dont on étudie aujourd’hui l’exploitation. Leur valorisation marchande couplée à une réduction des déchets (et des impacts environnementaux) sont deux défis majeurs que l’industrie se doit de relever pour se développer.

 

Quelle évolution pour ce secteur ?

CBB Capbiotek, centre de transfert de technologies spécialisé dans les ingrédients, a accompagné plus de 1200 projets depuis sa création en 1985, et bon nombre d’entre eux concerne la valorisation coproduits. Il y a quelques années, nous étions sollicités sur des procédés chimiques. Aujourd’hui nous travaillons sur des procédés plus doux, utilisant les biotechnologies (fermentation, procédés enzymatiques,…) ou des techniques d’éco-extraction pour essayer d’augmenter la valeur des produits. Nous accompagnons par exemple le projet BluEcoPHA, qui doit valider la faisabilité industrielle de production d’un bioplastique à base de PHA, issu de bactéries marines nourries avec des coproduits d’IAA locales de la filière végétale. Il s’agit d’une démarche d’économie circulaire, qui s’inscrit parfaitement dans la tendance actuelle de bioéconomie, soutenue activement par la région Bretagne. L’un des axes sur lequel nous travaillons à CBB Capbiotek concerne l’utilisation des procédés de fermentation pour donner encore plus de valeur aux coproduits. Des réflexions communes sont d’ailleurs menées sur le territoire en relation avec différents partenaires dont l’UIC Ouest Atlantique, Eco-Origin, les pôles Valorial et Mer Bretagne Atlantique, des Centres d’Innovation Technologique (ID mer, CEVA, CBB Capbiotek…), des laboratoires académiques et les industriels pour travailler sur tout ce qui est lié aux coproduits. De façon collaborative, nous faisons émerger des idées et solutions.

Propos recueillis par N. Hennebique

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